Petite histoire de la culture numérique

Le numérique ne doit pas être réduit à des solutions techniques : il s’est construit dans un contexte social et historique précis, qui influence la manière dont il a été développé.

Les premiers ordinateurs sont conçus et développés dans un contexte de guerre (deuxième guerre mondiale puis guerre froide), avec des objectifs de calculs et de décryptage. Le réseau internet est à l’origine un réseau militaire. Par ailleurs, les hommes étant souvent au front, ce sont beaucoup de femmes qui ont travaillé sur les premiers ordinateurs !
Du protocole informatique conçu par l’armée, et beaucoup développé dans les années 60, on va très vite passer de 100 ordinateurs dans le monde à 2.97 milliard en 2022 ! Si développement a été si rapide, c’est grâce à la naissance de l’informatique en tant que discipline scientifique : le numérique n’est plus seulement un outil, il devient un sujet culturel et social.

Programmeuses de l’ENIAC, ayant contribué au développement de l’ordinateur dans les années 40.

En effet, en parrallèle des travaux militaires, des contre-cultures américaines dans les années 60 s’emparent de ces nouvelles technologies : à San Fransisco, les hippies y voient un moyen de donner du pouvoir aux individus, en opposition aux institutions. La Silicon Valley verra le jour dans cette région.
À l’université de Berkeley, en Californie, des mouvement plus politiques s’approprient aussi le numérique et seront à l’origine des premières formes de licences libres.

C’est autour de ces courants de pensées que des individus s’approprient la discipline : on connaît bien aujourd’hui le mythe des premiers créateurs d’ordinateurs qui « bidouillaient » dans leur garage entre amis.

Le Whole Earth Catalogue, un magazine créé dans les années 60 ayant pour objectif de rendre accessible beaucoup de données. Son principe a inspiré le concept d’internet.

Dans les années 90, le World Wide Web est inventé au CERN, centre de recherche sur le nucléaire, par Tim Berners-Lee, un informaticien qui souhaite créer un système pour partager les informations entre employés. Dans la continuité de la philosophie des années 60, il souhaite que ce système soit accessible. Il donne à tous l’accès au code qu’il a conçu, afin que cette technologie soit appropriable par chacun.
Avec la création des ordinateurs personnels dans les années 90, le numérique sort du domaine de la recherche et entre dans la sphère privée.

Tim Berners-Lee, « 1990-01 » par ITU Pictures, CC BY 2.0

Dans son origine, le numérique porte le rêve d’un outil « horizontal », accessible à tous.
Or, si l’on regarde le numérique aujourd’hui, on remarque que cette utopie n’est pas atteinte : les femmes dans l’informatique sont trop rares, un petit nombre d’entreprises a un monopole sur le marché, les outils libres et open-sources ne sont pas utilisés massivement, encore beaucoup de personnes n’ont pas accès à des outils (par manque d’équipement ou de formation), internet peut être contrôlé et régulé par des gouvernements (pour le bien comme pour le pire)…

Cependant, même si l’utopie initiale n’est pas la réalité actuelle, le numérique reste un sujet de société. Il appartient à chacun de penser au numérique qu’il souhaite et d’œuvrer pour en faire une réalité : en choisissant les outils qu’il utilise, en encourageant des décisions politiques, en formant ou se formant entre nous…

C’est tout le rôle des médiateurs et des lieux de médiation numérique : accompagner les citoyens à s’emparer du numérique !

Installons Linux, un évènement proposé à la Fabrique des possibles chaque année par l’association Vando’libre (photo de 2025).

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